Joaillerie, Savoir-Faire 10 avril 2013

De la mine a la vitrine

Le consommateur n’a pas encore tout à fait pris conscience des enjeux éthiques autour du bijou précieux. Contrairement aux marques.

Mine JEL

Mine éthique – JEM

Photo home page : collection Voids par India Mahdavi – JEM

Le défi éthique des joailliers est d’une complexité terrifiante. Il est bien difficile de savoir d’où sont partis les améthystes, saphirs, émeraudes et autres tourmalines qui arrivent dans les vitrines de la place Vendôme, car avant ils ont transité par la Thaïlande ou encore l’Inde pour y être taillées. Et plus elles sont petites, plus elles sont anonymes, et plus leur parcours est difficile à suivre. Le marché de l’or extrait majoritairement en Afrique est encore plus opaque, à l’instar de celui de la drogue… Il est en grande partie tenu par des multinationales peu scrupuleuses en quête de rentabilité maximum. Les orpailleurs illégaux parviennent à infiltrer leur marchandise dans les filières autorisées avec une facilité déconcertante grâce au nombre phénoménal d’intermédiaires entre la mine et la vitrine du joaillier : courtier, affineur, façonneur, etc. Ultime difficulté : l’or ne peut pas être identifié, sa composition chimique est la même quelle que soit sa provenance. A tous les stades, l’or extrait dans une mine responsable du Pérou peut donc être mélangé avec de l’or d’une mine africaine qui fait travailler des enfants. Pour tenter de contrôler leurs filières d’approvisionnement situées à des milliers de kilomètres et composés de nombreux sous-traitants, les joailliers mettent tous leurs espoirs dans le RJC (Responsable Jewellery Council) fondé en 2005 et composé de différents acteurs de la filière or qui s’engagent à respecter une charte éthique. Malheureusement, les plus sceptiques font le parallèle avec le processus de Kimberley, auquel ont souscrit depuis 2003 plus d’une soixantaine de pays. Processus qui vise à exclure les diamants de la guerre du commerce licite et dans lequel de nombreuses brèches ont été mises à jour… Chacun de leur côté, les joailliers multiplient les initiatives, aidés par des organisations comme Oxfam ou Pact. Mais le risque 0 de se retrouver au cœur d’un scandale, existe-t-il ? A priori, pas une maison internationale ne peut être tout à fait tranquille. Seule une marque à petite échelle comme JEM (Jewellery Ethique Minded) fondée en 2009 ose revendiquer une joaillerie complètement « propre ». Car il a fallu des mois et des mois à Erwan Le Louer son fondateur pour réussir à mettre au point la traçabilité de son or extrait dans seulement deux mines irréprochables, l’une au Pérou et l’autre en Colombie. « Pour que la suite de ma filière soit parfaitement étanche, je n’avais qu’une seule solution, explique-t-il : travailler avec des artisans français respectant une charte environnementale. Mille autres précautions sont prises, le façonnier me réserve par exemple des fours pour que mon or ne soit pas mélangé avec celui des autres. » Autre caractéristique des bijoux JEM : l’absence de pierres, « car à ce jour, aucun système ne me permet d’être sûr qu’elles ne viennent pas d’un pays en guerre », estime Erwan Le Louer qui prévoit l’utilisation de gemmes recyclées. Reste à espérer une prise de conscience rapide du consommateur.

www.jem-paris.com

 

 

Joaillerie, Savoir-Faire 5 janvier 2015

PARIS, CAPITALE DE LA JOAILLERIE.

Louis XIV, fou de diamants, contribua à faire Paris la capitale de la joaillerie.
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place-vendome5 Savez-vous pourquoi la joaillerie est-elle associée à Paris ? Aucun autre pays au monde n’a cette réputation d’excellence. Dès la Renaissance, sous François Ier, toutes les conditions sont déjà réunies pour… Paris, alors au centre géographique de l’Europe, bénéficie d’une clientèle locale de riches et de nobles. Tous les artisans s’y retrouvent car à l’époque, les routes infestées de brigands, ne permettent pas de faire voyager les pierres précieuses et l’or. Plus tard, Louis XIV, le monarque fou de diamants crée une véritable effervescence : il sollicite des hordes d’artisans pour satisfaire ses commandes extravagantes, notamment destinées aux Joyaux de la Couronne de France, portés lors des cérémonie. C’est à ce moment-là que les joailliers deviennent des experts dans l’art de mettre en valeur les pierres et commencent à s’installer dans les quartiers adjacents au Louvre, près de la place Vendôme. On ignore souvent que le vol des Joyaux de la Couronne, lors de la révolution en 1792, contribua aussi à la réputation des joailliers parisiens : en effet, Napoléon leur demanda d’en recréer d’autres, toujours aussi somptueux. L’émergence d’une noblesse d’empire très aisée, perçue comme des nouveaux riches de l’époque, favorisa également le dynamisme qui régnait dans ce métier. Paris est alors la première et l’unique place de joaillerie qui atteindra son pic de créativité dans les années 30.